Index AI : EUR 41/002/2006 (Public) Bulletin n° : 169 Embargo : 3 juillet 2006 12h00 TU Espagne
Les droits humains doivent être au cœur des pourparlers de paix dans le Pays basque
Le respect des droits humains est essentiel pour une paix durable entre l'Espagne et le Pays basque, a déclaré Amnesty International après l'annonce de pourparlers entre le gouvernement espagnol et le groupe armé basque Euskadi Ta Askatasuna (ETA).
"Pour être durable, le processus de paix doit s'attacher à résoudre les questions liées aux droits humains dans le Pays basque et en Espagne. Les droits humains doivent être respectés sans condition et appliqués quelles que soient les considérations politiques, ils ne doivent pas être utilisés comme arguments de négociation", a déclaré la directrice du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.
Amnesty International a interpellé le Premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, sur une série de questions relatives aux droits humains que l'organisation considère comme essentiels pour l'avenir du processus de paix. Amnesty International appelle l'ETA à mettre un terme aux atteintes continues en matière de droits humains.
"L'ETA doit faire en sorte que l'arrêt des atteintes aux droits humains soit complet et irréversible et notamment que cessent les actes de harcèlement, les menaces et autres actions violentes ou d'intimidation", a déclaré Nicola Duckworth.
Amnesty International considère que la vérité doit être faite sur toutes les exactions et atteintes aux droits humains commises dans le passé. Devraient notamment faire l'objet d 'enquêtes les allégations d'assassinats et d'exécutions extra-judiciaires de personnes soupçonnées de faire partie de l'ETA par des membres du groupe illégal Grupos Antiterroristas de Liberación (GAL, Groupes antiterroristes de libération), la possible collusion avec l'État ainsi que d'autres atteintes aux droits humains, comme les actes de torture et les mauvais traitements. L'ETA devrait fournir au mécanisme qui sera établi pour traiter du passé toutes les informations disponibles afin que soit établie la vérité sur les exactions commises dans le passé.
"Les victimes d'actes de terrorisme et les victimes d'atteintes aux droits humains commises par l'État ont un droit égal à la vérité, à la justice et à l'octroi de réparations, comme le prévoient les normes du droit international relatif aux droits humains. Les auteurs présumés d'exactions et de violations graves des droits humains doivent être traduits en justice, a déclaré Nicola Duckworth.
"Les droits des victimes ne sont jamais négociables et ne peuvent dépendre du début ou de la fin de cessez-le-feu ou de toute autre circonstance particulière lors d'un processus de paix." Amnesty International met en garde contre la tentation d'un recours aux amnisties ou à des mesures de clémence qui remettraient en cause les droits des victimes à la vérité, à la justice et à l'octroi de réparations.
"Aucune amnistie ou mesure de grâce ne devrait être adoptée pour ceux qui, en tant que membres de l'ETA, ont commis de graves violations des droits humains ou pour ceux qui, au nom de l'État, ont perpétré des atteintes aux droits humains, sans qu'une procédure légale n'ait eu lieu, à l'issue de laquelle un verdict clair de culpabilité ou d'innocence aura été prononcé", a déclaré Nicola Duckworth.
Amnesty International avait salué en 1999 l'adoption d'une Loi sur la solidarité avec les victimes du terrorisme comme un pas positif. Cependant, les victimes d'atteintes aux droits humains commises par l'État, notamment les victimes d'actes de torture et mauvais traitements, devraient bénéficier du même niveau de protection juridique.
"Si les victimes d'actes de terrorisme disposent de moyens légaux pour tenter d'obtenir justice, de faire établir la vérité et de se voir accorder des réparations, les victimes d 'atteintes aux droits humains commises par l'État ne bénéficient pas du même niveau de reconnaissance et de protection juridique", selon Nicola Duckworth.
L'un des problèmes qui préoccupe Amnesty International depuis longtemps et qui affecte directement le Pays basque, sans que celui-ci en ait l'exclusivité, est le climat d'impunité qui bénéficie aux auteurs de violations graves des droits humains ; celui-ci s'explique par l'absence d'enquêtes indépendantes, impartiales et approfondies pour toutes les allégations d'atteintes aux droits humains, notamment les allégations d'homicides illégaux et d'actes de torture et mauvais traitements par des agents responsables de l'application des lois, et par l'absence de poursuites effectives à l'encontre des auteurs d'atteintes aux droits humains. C'est dans ce contexte qu'Amnesty International a appelé à la mise en place d'un mécanisme indépendant de responsabilisation des policiers, "qui garantirait la tenue d'enquêtes indépendantes, impartiales et approfondies sur toutes les allégations d'atteintes aux droits humains par des responsables de l'application des lois et ferait en sorte que les auteurs de tels actes soient poursuivis en justice." Dans le cadre du processus de paix, Amnesty International renouvelle son appel au gouvernement espagnol pour qu'il révise et modifie les lois et pratiques violant les droits humains et mette le droit et la pratique espagnols en conformité avec les normes internationales. Amnesty International appelle également le gouvernement espagnol à : ·abroger la loi autorisant la détention au secret pour une période indéterminée après une arrestation ; ·garantir à tous les détenus la possibilité effective de consulter dans les délais les plus courts un avocat de leur choix ; ·garantir le droit de tous les prisonniers à accomplir leur peine dans un établissement proche de leurs familles, en changeant la politique, adoptée depuis longtemps par les autorités pénitentiaires, de dispersion sur tout le territoire espagnol des détenus soupçonnés ou inculpés de terrorisme ; ·faire disparaître toute ambiguïté de la Loi relative aux partis politiques, qui rend possible l'interdiction de partis politiques défendant de façon pacifique l'idée d'un changement de certaines lois ou principes constitutionnels, en violation des obligations internationales de l'Espagne en matière de droits humains.
Complément d'information
Le 22 mars 2006, l'ETA a annoncé un cessez-le-feu permanent, déclarant que le but de cette décision était "d'impulser un processus démocratique au Pays basque ... dans lequel nos droits en tant que peuple seront reconnus." La déclaration de cessez-le-feu intervenait dix mois après que la Chambre basse du Parlement espagnol eut autorisé le gouvernement à entamer un processus de dialogue avec le groupe armé basque s'il "abandonnait la violence."
L'ETA est responsable de la mort de plus de huit cents personnes, parmi lesquelles des policiers et des militaires, tués au cours de la campagne pour l'indépendance qui dure depuis près de quarante ans. Si aucun attentat mortel n'a été commis par l'ETA depuis plus de trois ans, l'organisation a revendiqué vingt-quatre attaques contre des intérêts commerciaux ou touristiques en 2005, qui n'ont causé que des blessures légères et n'ont fait que des dégâts matériels.
Amnesty International a toujours condamné sans réserve les violations des droits humains perpétrées par l'ETA et a toujours catégoriquement réfuté tout argument ou objectif avancé en justification des graves atteintes aux droits humains perpétrées par cette organisation ; Amnesty International a systématiquement appelé l'ETA à mettre définitivement et immédiatement un terme à sa campagne d'assassinats de civils, d'enlèvements, de prise d'otages et autres atteintes aux droits humains.
Pendant des dizaines d'années, Amnesty International a rassemblé des documents prouvant l'existence de graves atteintes aux droits humains en Pays basque, notamment des homicides illégaux, exécutions extra-judiciaires, actes de torture et mauvais traitements. Entre autres préoccupations en matière de droits humains, Amnesty International a systématiquement appelé l'Espagne à mettre fin au régime de détention au secret et à veiller à ce que les auteurs présumés d'actes de torture et mauvais traitements soient traduits en justice.
Document public
Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566 Amnesty International, 1 Easton St., Londres WC1X 0DW. web : http://www.amnesty.org
Aux martyrs espagnols
Passant, qui tourneras une à une les pages de livre sincère, Lis, enregistre dans ton coeur, mais contiens ton épouvante et ta colère!
NOUVEAUX LIVRES
Parmi les nouveaux livres...
«Les 40 ans du FLB-ARB» par Lionel Henry et Annick Lagadec (aux éditions Yoran Embanner. 426 pages, 20 euros).
En 1966 apparaissait en Bretagne le Front de Libération de la Bretagne (FLB), mouvement d'actions contre des lieux symboliques de l'Etat français. Il sera ensuite relayé par l'Armée Révolutionnaire Bretonne (ARB). En quarante ans, le FLB-ARB a considérablement agi dans la Bretagne entière ainsi que sur des lieux symboliques en France. Divers livres sont parus sur des périodes précises, mais pour la première fois un livre. «FLB-ARB, l'histoire» fait le point sur l'ensemble de ses actions, de 1966 à 2000 —dernière activité de l'ARB et jusqu'aux procès de 2004 et 2005. Les deux auteurs, la journaliste Annick Lagadec et l'historien Lionel Henry, ont travaillé à partir des articles parus dans les journaux bretons et autres, les documents en provenance de la justice et de la police, mais aussi des interviews de membres du FLB-ARB et de leurs proches.
«Place Beauvau, la face cachée de la police» par Olivia Recasens, Jean-Michel Décugis et Christophe Labbé (Robert Laffont - 20 euros)
Le ministère de l'Intérieur passé au crible! Fuites organisées, dessous de table, coups tordus et vengeances personnelles... Dans le plus grand secret ces trois journalistes du Point ont mené pendant près de deux ans des centaines d'entretiens, exploré les coulisses des commissariats et des services les plus stratégiques du ministère, eu accès à des documents confidentiels. Une enquête unique! Un des chapitres les plus passionnants («Le roi Roger») concerne Roger Marion, ancien patron de la DNAT...
«La France bleu marine» (de Marcellin à Sarkozy) Par Maurice Rajsfus (L'Esprit Frappeur. 414 pages, 8 euros)
Dans ce livre, paru en décembre 2005, Maurice Rajsfus retrace les discours et la pratique des différents Ministres de l'Intérieur qui se sont succédés depuis mai 68, et qui n'ont cessé de perfectionner les mécanismes de la répression pour imposer l'ordre sécuritaire.
«Bienvenue en France!» Par Anne de Loisy (Le Cherche Midi, 15 euros)
L'auteur, journaliste, a enquêté clandestinement durant 6 mois dans la zone d'attente de Roissy où passent chaque année 20.000 étrangers, retenus jusqu'à l'éventuelle autorisation d'entrer sur le sol français. Un témoignage édifiant!
Denis Laborde La mémoire et l'instant Les improvisations chantées du bertsulari basque, éditions Elkar, 2005, 349 p. 27 €.
Denis Laborde n'est pas un nouveau venu dans la culture basque qui est l'objet de plusieurs de ses publications. Musicien et musicologue, ses compétences —qui n'en demeurent pas moins, même s'il se dit loin des prétentions du musicien savant— et son amour du Pays Basque l'ont conduit à explorer un secteur très particulier de la culture basque, l'improvisation poétique chantée ou bertsularitza. Il en a fait le sujet d'une thèse d'ethnologie soutenue à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) à Paris. La refonte du manuscrit de sa thèse nous vaut, aujourd'hui, un livre passionnant pour ceux qui pensent savoir quelque chose de ce genre et seront heureux de compléter leurs connaissances et pour ceux qui feront la découverte de l'improvisation en Pays Basque par ce livre imposant mais parfait outil d'initiation. L'improvisation poétique n'est pas une spécialité basque mais elle est restée très vivace au Pays Basque, contre toute attente, car, en raison de sa technicité on aurait pu penser qu'elle aurait découragé les jeunes générations plongées dans une modernité peu favorable à cette pratique de la langue basque. En suivant Denis Laborde nous explorons l'histoire de la poésie et du chant, et nous pénétrons dans les secrets de l'improvisation: vous saurez tout sur la rime, tout sur les structures du vers et de la strophe, tout sur les mélodies, sur les techniques, les recettes, les trucs. Mais le livre de Denis Laborde n'est pas un traité théorique sur l'improvisation. Ses propos ont de la chair, sont vivants car il a beaucoup travaillé sur des textes, recueillis et transcrits, à chaud —en soi l'improvisation est fugace et volatile— de plus, il a souvent rencontré, longuement fréquenté, écouté, interrogé les bertsulari eux-mêmes. Les a suivis, fan parmi les fans, pour assister à leurs joutes intimes ou aux concours spectaculaires. La production des grands disparus, Dibarrart et autres Xabier Amuriza, ne lui est pas étrangère, ni celle des maîtres actuels, d'Andoni Egaña à Alkat, encore moins celle de la génération montante et abondante, certains déjà gloires consacrées, de Maddalen Arzallus ( oui, il y a féminisation de l'art! ) à Sustrai Colina. Après lecture vous sentirez-vous une âme d'improvisateur? Irez-vous en courant vous inscrire à une école d'improvisation, car il en existe? Deviendrez-vous rapidement un bertsulari expert? Coifferez-vous, un jour, le large béret (txapel) du champion? Peut-être… peut-être. Ce qui est sûr c'est que, grâce à Denis Laborde, vous serez encore plus admirateur (jaloux) de ces artistes et magiciens maîtres, par la parole et dans la parole, de la mémoire et de l'instant, silhouettes déhanchées sous les projecteurs, mains aux poches, le regard évadé dans le lointain, devant des milliers de spectateurs en totale communion.
Michel Oronos
/Denis Laborde, adhérent de longue date du CDDHPB, a assisté comme observateur à de nombreux procès de militants basques à Paris. Jakilea avait publié régulièrement ses comptes rendus vifs et détaillés. On doit aussi à Denis Laborde la publication en 1998 de «La question basque» chez l'Harmattan, où écrivains, politiciens, universitaires, militants... s'exprimaient chacun sur ce thème//.
LES JULES ET LE JACQUES
A la fin du XIXème siècle, la France connut la République des Jules, anticléricale et colonialiste. Les Jules Ferry, Jules Grévy, Jules Favre, Jules Simon régnaient sur le pays. Ces gros politiciens satisfaits représentaient une bourgeoisie franchouillarde. A la veille de la Belle Epoque, les profits des uns contrastaient lourdement avec la vie misérable d'un prolétariat sous-payé, travaillant jusqu'Eà soixante heures par semaine.
Allait suivre un siècle de luttes sociales. Au début du XXème siècle, ce serait la journée de huit heures, après l'interdiction du travail des enfants de moins de douze ans. En juin 1936, grande peur d'un patronat en colique, qui doit concéder les 40 heures hedbomadaires, les congés payés, la reconnaissance des sections syndicales d'entreprise. Après la Libération, les Français allaient connaître la Sécurité sociale pour tous, les Comités d'entreprise, les Comités d'hygiène et de sécurité - sans oublier le vote des femmes. Suivront les quatre semaines, puis les cinq semaines de congés payés. Cet âge d'or des revendications satisfaites prendra fin, en 1997, avec la semaine des 35 heures.
Malgré quelques " victoires " apparentes, nous étions déjà sur la pente descendante depuis la crise pétrolière de 1974. Peu à peu, un patronat revanchard s'efforçait de reprendre ce qu'il avait lâché sous un rapport de force qui ne lui était pas toujours favorable.
Il y eut, bien sûr, les illusions bercées par les gouvernements de gauche, au cours des années 1980 et 1990, puis en 1997 à 2002. Il faut bien constater que l'heure n'était plus aux avancées sociales. Dans l'un et l'autre camp, la priorité était à la conquête du pouvoir bien plus qu'à la volonté de respecter les promesses électorales.
Avec l'élection présidentielle de mai 1995, nous assisterons à la mise en place de la République du Jacques. Lequel promettait de faire pour la France ce qu'il avait fait pour Paris. Le temps des grandes causes nationales était enfin venu. Il fallait en finir, une fois pour toutes, avec la fracture sociale. Ensuite, entre la défense des handicapés, de l'environnement, (la première mesure de Jacques Chirac, au cours de l'été 1995, avait consisté à la reprise des essais atomiques, en Polynésie). et peut-être des bébés phoques, les promesses du Jacques n'ont jamais été tenues: y compris, lorsqu'il était maire de Paris, celle de rendre la Seine si propre qu'il serait possible de s'y baigner.
Une certitude: les nombreuses implications dans les scandales financiers, comme celui des HLM de la ville de Paris, les dépenses somptuaires de la famille Chirac, lorsque le Jacques officiait à l'Hôtel de ville - la grande bouffe et les billets d'avion gratuits. Il est vrai que ces méfaits seraient prescrits. A ce prix, le Président et ses proches auraient eu tort de se gêner.
Après avoir supporté les grandes grèves du printemps 2003, constamment laminé lors des différentes consultations électorales de 2004 et 2005, le Jacques n'a jamais eu l'intention de quitter le pouvoir. Le sens de l'honneur que ces gens-là n'oublient jamais de mettre en valeur ne les concerne pas. Il est vrai que le Jacques fait partie de ces hommes et de ces femmes qui gouvernent la France au service des patrons du MEDEF, avec pour unique ambition de détruire ce qu'un siècle de luttes sociales avait apporté aux classes laborieuses - comme on disait jadis.
Pauvre Jacques, depuis sa victoire à l'arnaque du 6 mai 2002, il aura tout perdu. Sauf à réunir contre lui une majorité des citoyens de ce pays. Sauf à être mis à l'écart par ses propres amis, ce qui se prépare, cet homme ne démissionnera jamais. Le Jacques n'est pas de cette espèce. Il se refuse à retourner à l'existence ordinaire du simple citoyen - avec pourtant des revenus assurés, bien au-dessus de la moyenne.
Le Jacques, politicien sans véritable conviction, n'a jamais quitté les palais de la République depuis 1967 et, comme on dit vulgairement, il n'a jamais " touché une lime " depuis sa sortie de l'ENA. InstituE9 tuteur inamovible d'un pays dont on dit encore qu'il est une démocratie, tout lui est bon pour rester au pouvoir. Il épouserait même la cause des Basques s'il lui était démontré que cela pourrait renforcer son image...
Maurice Rajsfus
Vous écoutez Kateak de Guk
LA DISPERSION - SAKABANAKETA
Dans le fichier que vous ouvrirez en cliquant, vous pourrez voir les effets de la dispersion des prisonniers politiques basques. Cette dispersion est illégale et contraire à toutes les conventions et recommandations européennes en matière des droits du prisonnier...