TEMOIGNAGES . 

TEMOIGNAGES


JOSU ARKAUZ

Son épouse Odile, citoyenne «française» est enseignante à Bayonne. Ils ont deux jumeaux, Txomin et Unai, qui ont maintenant 12 ans.
Josu a été incarcéré en France en mars 91 pour «soutien logistique à bande armée et association de malfaiteurs». D'abord incarcéré à la Santé puis à Fresnes puis à St Maur. A la fin de sa peine en France, en janvier 97, il a été remis par la contrainte à la police espagnole alors que l'Espagne ne le réclamait pas, et torturé durant sa garde à vue au secret. Incarcéré en Espagne à Alcala de Henares, puis  Soto Del Real, puis Salamanque... Depuis 3 ans, il est à Vallena (Alicante) à 960 km de Bayonne. Ses procès en Espagne ne sont pas terminés, on lui en ajoute régulièrement de nouveaux dont il ignore tout, ainsi que son avocat. Récemment il a été transféré à Valdemoro (près de Madrid) pour le procès 18/98.

«(...) Depuis 3 ans il nous faut une journée pour couvrir les 960 km qui nous séparent.
Les visites se faisant le samedi matin, il faut rouler le vendredi, ce qui implique de manquer la classe pour la mère et les enfants, donc quasiment impossible.
Les visites ne se font donc plus qu'aux vacances scolaires: Toussaint, Noël, février, Pâques, et deux fois en été. Chaque visite est de presque 3 heures.
Jusqu'à leurs 11 ans les enfants avaient droit à une visite supplémentaire de 4 heures chaque trimestre. Mais c'est interdit à partir de 11 ans!...
Pour ces visites nous partons tôt le vendredi avec tous les pique-nique, nous arrivons à l'hôtel vers 20 heures et nous pique-niquons dans un jardin public. Le samedi, visite de 9h à 12h. Puis à 13h nous reprenons la route pour arriver directement à Bayonne vers 23heures...

C'est épuisant physiquement et moralement, et à chaque fois nous voyons des accidents. Sans parler du coût financier: essence, péages, nuit d'hôtel, et l'usure du véhicule.
Conduire seul sur un si long trajet est trop dangereux, il faut donc à chaque fois trouver quelqu'un, de la famille, qui soit libre. Les solidarités familiales et amicales se lassent au bout de tant d'années...»
(Témoignage de la famille d'Odile)

ION et UNAI PAROT

Les Bayonnais Ion et Unai Parot sont incarcérés depuis 16 ans (avril 1990) et, tous deux, condamnés à perpétuité, l'un en France et l'autre en Espagne.
Actuellement prisonnier à la Centrale de Lannemezan, Ion Parot a passé 9 ans dans des prisons de la région parisienne dont 2 années en isolement à Fresnes.
A l'exception des années 1999-2000 (prison de Valdemoro, Madrid), Unai Parot se trouve toujours dans des prisons andalouses (Puerto Santa Maria, Almeria, Murcia, Cordoba-Cordoue, actuellement), au sud de l'Espagne, à 2.000 km aller-retour, neuf ans sous le régime le plus dur (1er grade, 1ère phase) dans des quartiers d'isolement durant 14 ans et encore aujourd'hui (ce qui correspond à une torture «blanche» qui vient s'ajouter aux 5 jours et 5 nuits de tortures de la garde à vue, au secret). Il a subi des tentatives d'assassinat et plusieurs tabassages sans motif, dont un des derniers à Cordoue, menotté au lit.
Unai Parot est condamné à ce que l'on peut appeler la «perpétuité espagnole», c'est-à-dire à une peine de sûreté incompressible de 30 ans (la nouvelle loi, promulgée après son arrestation, va jusqu'à 40 ans). Une jurisprudence (contre laquelle un recours a été présenté par l'avocate d'Unai auprès du Tribunal constitutionnel espagnol) vient d'être créée à son encontre par le Tribunal suprême pour qu'il ne puisse bénéficier d'aucune remise de peine. Cette jurisprudence commence à être appliquée à d'autres prisonniers politiques basques, le 1er étant Iñaki Gaztañaga qui devrait effectuer 10 ans de plus alors qu'il devait être libéré au bout de 20 ans, selon la loi.
Unai n'a droit qu'à 1h30 de parloir familial par mois (un nombre réduit d'amis peut le voir 40mn derrière une vitre). Les parloirs familiaux du week-end ont été supprimés et doivent, depuis un an, se faire en semaine (alors que la famille doit travailler ou aller en classe) et à des jours et heures différents pour chaque prisonnier basque de Cordoue, afin d'empêcher toute solidarité, toute entraide et l'isoler au maximum. Le fait de se retrouver avec un seul chauffeur, pour réaliser 2.000 km en fourgonnette (transport le plus rapide et le plus «économique») amplifie énormément les risques d'accident.
Cet éloignement extrême et cette dispersion géographique (aux deux extrêmités des deux Etats) a privé leur père de visite durant 5 ans, jusqu'à sa mort. Leur mère, épuisée, qui assurait deux visites par mois, malgré une constitution fragile, ne peut se déplacer qu'une ou deux fois par an maintenant. Sa famille est actuellement endettée et ruinée par les dépenses accumulées en 16 ans de voyages bi-mensuels (soit 138.000 euros!!).
(Témoignage d'Ursoa, sœur de Jon et Unai)

MIKEL ZARRABE

Marié à Ottabi, citoyenne «française» enseignante à Biarritz. Ils ont un fils de 17 ans.
Mikel avait été arrêté à son domicile de Bidart (64) en décembre 1989 et incarcéré en France durant 6 ans: d'abord à La Santé, puis à Clairvaux et enfin au Muret.

A la fin de sa peine en décembre 1995, il a été expulsé et remis par la contrainte à la police espagnole, alors que la justice espagnole n'avait pas demandé son extradition.

Incarcéré en Espagne, il a connu les prisons de Carabanchel et Alcala Meco (près de Madrid) puis Soto Del Real (au nord de Madrid) puis Aranjuez (environ à 100 km au sud de Madrid). Depuis 3 ans il est à Daroca (province de Saragosse) à environ 400 km de Biarritz.
Mikel avait commencé à peindre durant son incarcération en France, variant son style et sa technique d'année en année, et réalisant toujours des œuvres de qualité.
A Daroca, il lui est interdit de peindre! Il peut recevoir du papier pour aquarelle, mais pas l'aquarelle elle-même! Peindre à l'huile est impossible. Il a donc cessé l'activité qu'il aimait tant.
Actuellement les visites peuvent avoir lieu le week-end, 2 heures, 2 fois par mois.

Cela fait plus de 10 ans que Mikel est incarcéré en Espagne. Condamné à 18 ans en Espagne, une démarche a été faite pour que les 6 ans faits en France soient pris en compte dans les 18 «espagnols», puisque c'est le même dossier qui a servi aux deux pays pour le juger. En attente de réponse...
(Témoignage de son épouse Ottabi)

JOSE MARI SAGARDUI 'Gatza'

Kontxa LUNA | Compañera del preso político vasco José Mari Sagardui "Gatza"

"El pueblo no se olvida de que sigue preso y ese reconocimiento ayuda mucho. Está en la mente de muchos", subraya Kontxa Luna, compañera del prisionero político José Mari Sagardui. Hoy es un día señalado; cumple nada menos que 26 años preso. Luna afronta con firmeza esta fecha: "Llevamos años luchando por nuestros compañeros, hijos, padres. Si hemos llegado hasta aquí, aguantaremos lo que nos echen", remarca.
Para Kontxa Luna y el resto de la familia de José Mari Sagardui el de hoy es un día especial; Gatza cumple 26 años preso. "Piensas en cuántos más le quedan y cómo lo estará cumpliendo. Pero, este día también tiene muchas gratificaciones; ves cómo trabaja la gente del pueblo, que no se olvida de que sigue en la cárcel y ese reconocimiento ayuda mucho", subraya en la entrevista concedida a GARA. Pese a todo, se siente tranquila: "El está bien, muy ilusionado; es un luchador a tope. Siempre digo que si hemos llegado hasta aquí, aguantaremos lo que nos echen", remarca. Al tiempo que agradece cada una de las movilizaciones, como las de hoy en Zornotza, denuncia con firmeza el empeoramiento de las condiciones de vida de los presos políticos: "José Mari y sus compañeros siguen exactamente igual; en los mismos chabolos donde pasan 20 horas al día, el mismo trato... Nada ha cambiado".

  • José Mari Sagardui cumplirá hoy 26 años preso. ¿Qué significa para usted esta fecha? 
  • Muchas cosas. Aunque todos los días del año son iguales, te emocionas cuando va llegando la fecha y, quieras o no, se te pone un poco de congoja. Piensas en cuántos años más le quedan y en cómo estará cumpliendo un año más. Pero este día también tiene muchas gratificaciones; ves cómo trabaja la gente del pueblo para que haya una protesta en condiciones y se vea que lleva 26 años en la cárcel y que desde hace 15 debería estar en casa. La gente se lo curra a todos los niveles. Me siento muy arropada; el pueblo no se olvida de que sigue en la cárcel y ese reconocimiento ayuda mucho. José Mari está en la mente de muchos. No hay una persona que haya estado tanto tiempo en prisión. Pero bueno, estoy tranquila. Siempre digo que si hemos llegado hasta aquí, aguantaremos lo que nos echen, y como José Mari está bien, tranquilo, animado y con las ideas muy claras...
  • Para hoy, han organizado una nueva marcha por la libertad de "Gatza". ¿Cómo vive cada una de estas movilizaciones? 
  • Son la confirmación de que no estamos solos. Una gran parte del pueblo está luchando y apoyando a José Mari y al resto de presos. Están haciendo todo lo que pueden y más para que salga. Me arropan a mí y, al mismo tiempo, a Euskal Herria. A mi me ayudan un montón en los viajes cuando voy con la niña, siempre tengo compañía. Ya no es sólo la pegada de carteles cuando se cumple el 25 o 26 aniversario, a mí me ayudan todos los días del año.
  • Se conocieron en el verano de 1996 cuando fue a visitarlo a Puerto. Por aquel entonces, formaba parte de un comité de solidaridad. ¿Qué recuerdo tiene de aquel primer contacto? ¿Qué fue lo que más le sorprendió?
  • Lo primero que sentí fue miedo; miedo a la cárcel, a encontrarme en una situación comprometida por decir una palabra más alta que otra. Lo desconocido provoca miedo y, claro, yo conocía la versión de la otra parte, el machaque puro y duro; esto está mal, lo otro también. Todo era mal, mal, mal... Siempre tenía la sensación de que me movía en la ilegalidad, y la ilegalidad de ellos, en un principio, da miedo. Eso cambió cuando vine a Euskal Herria, me di cuenta de que no debía sentir miedo por decir lo que pienso y estar con la persona que quiero. Me sorprendió lo valiente que es la gente aquí, dispuesta a tirar para adelante con lo que sea. Yo les veía correr como conejos y, al día siguiente, volvían a estar en el mismo sitio. No era algo esporádico sino una lucha de días, semanas, años, en resumen, una lucha continua. Aquí vi lo que es vivir para ayudar a los demás, en todos los aspectos. Me di cuenta de que este pueblo sobrevivirá porque todo el mundo se echa un capote.
Simplemente, con saber mi situación me echaban un cable y eso no lo había vivido antes.
  • Qué le han aportado estos diez años en los que ha dejado su localidad natal, San Fernando, para vivir en Zornotza, está aprendiendo euskara e, incluso, ha tenido una hija, Goiztiri?
  • Confianza en mí misma. Pensaba que como persona estaba totalmente desarrollada y estos diez años me han enseñado que estaba equivocada. José Mari me ha ayudado muchísimo a tener confianza en mí misma y me ha demostrado que si otros pueden yo también. Conseguiré más o menos, pero ponerme en marcha seguro. He crecido mucho, tengo opinión propia y no dejo que nadie interfiera en mi manera de pensar, que puedo modificarla pero con datos.
  • La directora de Instituciones Penitenciarias, Mercedes Gallizo, ha defendido en repetidas ocasiones la dispersión. ¿Qué sensación le provocan posicionamientos como ése?
  • No entiendo porque tienen que están dispersados. Ellos ya han sido juzgados y existen unas leyes que dicen que deben cumplir la condena lo más cerca posible de sus casas. Creo que son una manera de vengarse.
  • Hace una semana, los padres del preso Iñaki Etxeberria se quedaron sin visita tras haber ido hasta Algeciras. Al preso Isidro Garalde le ha dado un infarto. Hace un mes, tres primos de la presa Regina Maiztegi sufrieron un grave accidente al regresar de Alcalá Meco. ¿Cómo vive estos hechos?
  • Producen angustia y ves claramente que la dispersión intenta aniquilar a los familiares, pero seguiremos yendo a verlos. A los padres de ese chico no los conozco personalmente pero ello no quita para que sepa lo que sintieron. Ya no se trata de lo pesado que pueda resultar el viaje, sino la angustia de no saber qué está haciendo el de dentro. Tu fin es verle la cara y comprobar que está bien.
  • Qué les diría a todos aquellos que defienden la dispersión o no hacen nada para ponerle fin?
  • Les preguntaría sencillamente ¿por qué, por qué mantienen este sufrimiento?
  • El alargamiento de las condenas es otra de las medidas adoptadas contra el Colectivo de Presos Políticos Vascos. ¿Qué impacto ha tenido en los familiares y en los propios presos? ¿Por qué lo han hecho?
  • José Mari sólo tenía año y medio de redenciones y, en teoría, salía en agosto de 2009. Al suprimirlas, como al resto de presos, tiene fecha de salida para abril de 2011. Después de 26 años, ya no sabes ni cómo tomártelo. No me puedo poner en el cuerpo de una persona a la que, de la noche a la mañana, le han impuesto diez u once años más. Conozco el caso de un preso que iba a salir este verano y de pronto once años más. ¡Soy incapaz de comprender lo que habrá sentido su compañera! Imagino que angustia, impotencia y rabia. Creo que lo hacen para desanimarnos y acabar con nosotros. ¿Creen, de verdad, que por alargar las condenas un poco más o menos, por armar semejante feria o estar continuamente sacándose cosas de la manga van a lograr algo? Llevan años viendo cómo luchamos por nuestros hijos, padres, compañeros, amigos...
  • ¿Tiene esperanzas de que salga antes de 2011?
  • Esta pregunta me la han hecho un montón de veces. Desde 2000 llevo escuchando la coletilla de "antes de Navidad está aquí". Han pasado las de 2000, 2001, 2002... No obstante, estoy tranquila, si no es en las navidades de 2006 será en las de 2007, 2008 o cuando sea. Vivo el día a día y en torno a mis vises. Ya estoy preparando las visitas de agosto. Lo único que me preocupa es que esté bien y lo está.
  • Antes de comenzar la entrevista, ha destacado el empeoramiento de las condiciones.
  • Sí, es cierto. José Mari y todos sus compañeros siguen en aislamiento, con la llegada del verano, además, les quitan el derecho a comprar fruta, que es cuando más la necesitan. Dicen que es un alimento perecedero. No sé qué fruta se estropeará porque, a la semana, sólo pueden comprar tres kilos. Mantienen esta norma y, por tanto, ya no tienen fruta. La de Jaén era la única cárcel que no tenía lista de amigos, pero al mes de la tregua, le aplicaron el cupo de diez. Continúan exactamente igual; en los mismos chabolos, el trato no ha variado, pasan 20 horas metidos en sus celdas... Eso no ha cambiado en nada, están como hace seis meses.
  • Qué significa vivir en régimen de aislamiento? 
  • Aislamiento se traduce en meter a una persona en un chabolo de dos metros donde la mantienen durante 20 horas al día. Un día salen a la mañana y al siguiente por la tarde. En uno de esos cambios pueden, incluso, pasar más 30 horas encerrados. No tienen derecho a verse con ningún compañero; tienen que comunicarse a través de un ventanuco, una placa de metal con pequeños agujeros. Tampoco tienen derecho a salas comunes, a ir al polideportivo o al comedor ni a usar ordenadores, por ejemplo. Salen a un patio estrecho y largo, con unas paredes tan altas que el sol no da en todo el patio, sino en algunos trocitos. Me imagino que si quieren tomar el sol lo harán por turnos porque todos no entran en la misma esquinita. Aislamiento es privar a una persona de todos sus derechos y darle algunos derechos dos o tres horas al día.
  • Si alguien le dijera que pidiera un deseo, cuál sería. 
  • Desearía que todos los presos políticos y deportados consiguieran sus propios deseos. Que vengan a casa cuando tengan que venir y con el sentimiento de que han logrado algo por lo que tanto han luchado. -


Euskalduna naiz.mp3

TORTURES


UNAI ROMANO

C'est bien le même jeune homme ! avant et après être passé entre les mains de la Guardia Civil.
Le juge à qui il a dénoncé les tortures subies a prétendu qu'il s'était jeté contre les murs... volontairement!
Accusé par ce même juge de diffamation envers "l'institution armée", un procès lui est intenté pour "mensonges diffamatoires" !
La victime devient coupable...
TEMOIGNAGES

Les articles d'Iñaki de Juana

Traduction des deux articles en question:

Publié dans GARA 1-12-2004

LE BOUCLIER

Je regarde la télévision. J'écoute la radio. Je lis des journaux et des revues et le bombardement est intensif et permanent. L'ennemi a  grandi. Arrestations en Iparralde et en Hegoalde. Rafles dans les États français et espagnols. Informations empoisonnées qui cherchent à inoculer le virus de la méfiance.

El Lobo, un simple mouchard que la police a pressé avant de le jeter à la décharge des inutilisables (comme tous les mouchards) est récupéré aujourd'hui et élevé à la catégorie de héros de l'infiltration et des services secrets; à celle de personnage de films et de reportages où il s'exhibe en fanfaronnades romanesques à coups de chèques et de scénarios.

Manœuvres de découragement. Fuites organisées dans la presse de correspondance et de conversations, totales ou partielles, mais dans tous les cas intéressées et manipulées, même si je reconnais que nous n'avons pas à leur faciliter le travail.

Dispersion dans les prisons: pénitentiaire et interpénitentiaire. Les mauvais traitements, les tortures renouvelées avec les époques mais permanentes dans les formes et aussi anciennes que la répression politique. Les agressions. La souffrance pour nos familles et amis. 
Les compagnons malades dont la gravité de la situation fait l'objet de chantage.

Oui, l'offensive est dure, sur tous les fronts et incontestable. 
Peut-être l'ennemi s'aventure-t'il à penser qu'il peut nous achever? 
Qu'il peut en finir avec le Mouvement de Libération Nationale Basque? 
Qu'il va réussir à faire plier un peuple, ou au moins à rendre ses pas silencieux en ne le laissant marcher que sur de la moquette?

Je n'ai pas besoin d'être devin pour pouvoir crier avec toute ma force et ma conviction, en une expression politiquement incorrecte: vous êtes faits! Allez vous faire foutre avec tout ce que vous avez fait avant parce que vous ne gagnerez pas. Ou peut-être ne vous êtes-vous pas encore rendus compte que nous avons un bouclier indestructible qui n'est autre que la raison?

Comme tout pouvoir totalitaire, fasciste ou néofasciste, le gouvernement actuel du PSOE, comme son prédécesseur et ceux d'avant, se voit obligé de réécrire l'histoire de façon permanente; de manipuler et de mentir, créant des bons et des méchants à sa convenance, dépassant de très loin les limites de la célèbre fiction orwellienne. Et ceci comme stratégie de guerre dans le seul et proclamé objectif de notre assimilation, d'obtenir le renoncement à nos principes, valeurs et droits, et notre intégration au système.

Juges prévaricateurs, politiciens corrompus, professionnels de la torture, matons sans scrupules: vous êtes ennuyeux, lassants, prévisibles. Vous ne méritez aucun respect ni considération, pas la moindre chose qui mériterait de changer le ton de cette lettre.

Mais cela mérite une explication. Totalitaire l'attitude de Zapatero? 
Fascistes ces beaux yeux bleus et ce sourire angélique? Celui-là même qui a sorti les soldats d'Irak? Celui qui va modifier les lois sur l'avortement, le divorce et autres pour contenter une "gauche domestiquée"? Eh bien oui, tout cela est sans le moindre doute du totalitarisme, car en prenant Euskal Herria comme point de référence, ce qui ne saurait être différent pour les Basques, celui qui promulgue des lois d'exception, celui qui crée ou maintient en vigueur les tribunaux d'exception, celui qui protège la torture, poursuit et réprime les droits d'association, d'expression, de presse; celui qui interdit la participation politique et électorale; et celui qui fait tout cela pour réduire une nation au silence et nier son droit à l'autodétermination est un fasciste de manuel, séparons nous des fioritures de langage.

Techniquement, j'ai fini le 25 octobre 2004 de purger la peine intramuros qui m'a été imposée par le système juridique et pénitentiaire sous le Code Pénal de 1973, code franquiste incomparablement plus "mou" que son héritier actuel. Depuis ce jour, je ne suis pas sorti de prison, officiellement parce que le juge Gómez Bermúdez, autre étoile météorique née de la souffrance basque, a des "doutes" sur la peine accomplie. Et une fois encore, le mépris dans lequel la loi est tenue par ses propres serviteurs ne manque pas de m'étonner, qu'ils ne perdent jamais cette capacité! Que nous la refusions et la combattions est normal, mais que ceux qui en vivent la méprisent est un indicateur supplémentaire de leur fonction.

Cependant, les termes d'illégalité, de prise d'otage ne peuvent pas être employés dans mon cas. Et le fait qu'ils le soient pour ma défense me déplaît, parce que nous sommes 700 a être retenus en otage et de façon illégale, et certains depuis plus longtemps que moi, et extramuros c'est toute une partie de la société qui ne s'est pas pliée qui l'est également. En fin de compte, ce sont des centaines de milliers de Basques qui sont aujourd'hui au régime pénitentiaire, dans l'attente de la nuit où des uniformes viendront cogner à leur porte et leur notifier la répression pour leur mauvais comportement.

Le ministre López Aguilar a été beaucoup plus clair. De Juana ne peut en aucun cas être libéré et il n'y a rien à dire de plus. Motif? Il ne donne aucun signe de "resocialisation". Cependant, et heureusement, de resocialisation il n'y a aucun signe non plus chez l'immense majorité des 700 prisonnières et prisonniers, ni dans une grande partie de la société basque.

Parce que resocialiser dans le sens utilisé par l'ennemi implique la défaite et l'acceptation des contre valeurs si magnifiquement défendues par tous les López Aguilar, Zapatero et Gómez Bermúdez. Mais ils devraient se poser une question: si 700 compagnons ayant fait et ayant encore à faire des milliers d'années de prison ne donnent aucun signe de "resocialisation", ne serait-ce pas à cause d'un défaut dans le "traitement pénitentiaire"? Ce défaut est que nous possédons le bouclier de la raison. Et que rien n'est insurmontable, ni personnellement, ni politiquement, sauf l'intériorisation de l'échec.

Dans tous les processus il y a des hauts et des bas. Les apparences sont trompeuses aussi. Politiquement, le bruit ne signifie pas laforce, le silence ne signifie pas la faiblesse. Nous allons gagner. Nous lisons l'histoire d'autres processus victorieux, pas des perdants. Nous comparons l'acceptation de notre discours politique par une partie de la société basque, maintenant et il y a 25 ans. Et le reste est facile: travail, sacrifice, apprendre des erreurs et ne pas mettre de bâtons dans les roues de notre propre bicyclette.
Il y a des années, j'ai entendu un compagnon très apprécié crier avec force "Enlevez vos mains sales d'Euskal Herria". Oui, enlevez-les, parce que tout autre chemin n'implique que de la souffrance. Ou l'avenir finira par montrer, sans le moindre doute, que vous les y perdrez.


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Publié dans GARA le 30-12-2004

GALLIZO

Le 14 décembre dernier, Madame Margarita Uria s'est adressée au président du Gouvernement au cours de la Commission d'Investigation sur les évènements du 11 mars pour l'interroger, entre autres choses, sur des questions pénitentiaires déterminées. Après un préliminaire de louanges rougissantes à Madame Mercedes Gallizo, cette membre de la Commission a interrogé Monsieur Rodriguez Zapatero exclusivement sur la filtration de certaines images et d'une lettre aux médias. Madame Margarita Uria n'a pas posé de questions sur la torture et les mauvais traitements. Ni sur la mort et la maladie de prisonniers. Elle n'a vu aucun intérêt à l'isolement et à la communication. Ni aux accidents. 
Et elle a encore moins parlé de la dispersion, peut-être parce qu'on aurait pu lui répondre que cette politique avait été une des principales batailles de son propre parti. Un PNV légitimant la répression et la plus cruelle des politiques pénitentiaires, pas seulement en ce qui concerne la création théorique et la couverture apportée à la mise en pratique, mais aussi comme protagoniste avec ses propres assesseurs à la Direction Générale de l'Administration Pénitentiaire.

Ni à Madame Margarita Uria ni à aucun des parlementaires qui arborent les droits de l'Homme comme bannière de combat n'est venue l'idée de s'intéresser aux humiliations et agressions sexuelles vécues par certaines des femmes arrêtées lors des dernières opérations policières. Cela n'intéresse pas Madame Uria, ni en tant que parlementaire, ni même en tant que femme. Elle ne pose pas de question à ce sujet, parce qu'elle sait que le fait d'être arrêté en tant qu'etarra présumé dans une opération policière à grosse couverture médiatique est un motif suffisant pour ne plus avoir aucun droit, y compris celui de ne pas être torturé. L'hypocrisie traditionnelle dit "celui qui vole un voleur a cent ans de pardon". Les nouveaux référents de la citoyenneté disent "violenter un agressé n'est pas une double violence, ce n'est que justice et silence". Mais cela nous le savons tous, y compris cette membre de la Commission qui chante les louanges de Madame Gallizo.

Et parmi tant d'éloges de personnes de bien (pas comme moi qui suis Basque et rouge, plus divers autres mots en iste), je me suis demandé si je me trompais. Sois positif Iñaki! me suis-je dit. Je me suis imaginé que les murs de béton étaient en chocolat. Que l'acier était fait de cheveux d'ange. Que les trois prisonniers retrouvés morts hier matin dans les prisons de Langraitz et de Zuera étaient des personnages en pain d'épice. Mais, c'est curieux, je n'ai pas réussi à imaginer Madame Gallizo autrement qu'elle n'est réellement, comme l'étaient ses prédécesseurs.

Quand le PSOE a gagné les dernières élections générales, certains espoirs sont nés parmi ceux qui y sont enclins, que ce soit par naïveté ou par nécessité. Illusions qui, en politique, finissent avec le temps par se révéler fausses. Il s'est passé la même chose avec la nomination de Madame Gallizo à la Direction Générale de l'Administration Pénitentiaire. Bien qu'au début les nombreux relais dans les directions des prisons aient pu être pris comme des préalables à des changements plus significatifs, la relation nominale entre ces promotions me confirme dans la conviction que le seul horizon de justice dans les prisons est la démolition de leurs murs. 
Aussi utopique que paraisse cette espérance, elle est beaucoup plus réaliste, loin de toute hypocrisie, que prétendre ou espérer que le béton et l'acier enferment les droits de l'homme en lieu et place de la violence et de la souffrance.

Dans cette prison d'Algeciras, Madame Gallizo a destitué le directeur Miguel Angel Rodríguez, alias l'Avaleur de sabres. Un professionnel cultivé, qui réagissait immédiatement en entendant le nom d'un prisonnier politique basque. Et qui tenait un discours élaboré: les résolutions judiciaires des etarras, je m'en bats les couilles. Une vieille connaissance du Collectif des prisonniers politiques basques, qui n'a pas été destitué pour l'accumulation de plaintes et d'irrégularités dont il faisait l'objet. Ni même pour cette petite chose consistant à, de façon présumée, mettre la main dans la caisse du centre pénitentiaire de Puerto II et pour laquelle il a été mis en examen. Il a été destitué parce qu'il n'appartient pas au même parti que Madame Gallizo. On pouvait aller jusque là!

Je mets la télévision. Ils parlent du festival de cinéma à Huelva. À côté de l'acteur Imanol Arias, lui faisant tous les honneurs et bavant presque sur lui, il me semble reconnaître un visage de triste souvenir. Il a les cheveux blancs et a l'air d'avoir beaucoup vieilli, bien que ce ne soit pas à cause de sa conscience qui le perturbe. En tout cas, ce sera la punition pour tous ses abus. Je ressens une sotte consolation à vérifier à cette occasion que le tortionnaire à l'air plus mal en point que les personnes qu'il a torturées. Il n'y a aucun doute. Ce visage est gravé dans nos mémoires à force de coups, de mauvais traitements et de faim. C'est Francisco Sanz. Sous-directeur de la prison de Malaga. Directeur du Salto del Negro, de Puerto II, aujourd'hui du Centre Pénitentiaire de Huelva, où il s'est arrangé pour que des prisonniers remettent un prix cinématographique dans le cadre de ce festival. Mais il bave sur l'acteur Imanol Arias et la première chose qui me vient à l'esprit devant cette image est de me demander si l'acteur a remarqué la marque de la matraque et l'humidité du sang en lui serrant la main. Il semble qu'au CP de Huelva il n'y a pas eu de changement de directeur.

La liste des nouveaux noms est longue, jusqu'à 21 et 10 de plus par changement d'affectation. Certains d'entre eux me font chercher dans ma mémoire. C'était en 1977 je crois, parce la seule archive sur laquelle je peux compter, mon cerveau, n'est pas un disque dur. En tout cas, c'était dans les années qui ont suivi la mort du général Franco, quand la société débordait d'espoir et que les partis politiques conspiraient pour la détruire. J'étais à Madrid un de ces nombreux jours de manifestation pour l'amnistie et la liberté. J'ai laissé la Gran Vía derrière moi. Je suis monté par la rue de los Libreros, et à la hauteur de l'Hôtel Darde aujourd'hui disparu, je suis tombé sur un groupe de jeunes comme moi qui descendaient en courant et en criant "ils ont tiré". Avec plus de curiosité que de prudence, j'ai continué jusqu'au bout de la rue. J'ai tourné à droite en prenant la rue de la Estrela, et à quelques mètres de là, il y avait un jeune étendu sur le sol, mort dans une mare de sang. Tout était plein d'uniformes gris et il me semble que ceux qui avaient tiré étaient des Argentins du Triple A. Qu'est-ce que ça peut faire ! Un de ces sigles qui cachaient tous la même chose, et qui réapparaissent à chaque fois que c'est nécessaire.

Le jeune qui avait été tué s'appelait Arturo Ruiz et avait un frère qui était de gauche au début, et qui a fini au PSOE et maton. 
Fonctionnaire de prison de confiance, et tellement qu'il prêtait à l'aube son bureau à la prison d'Almería pour que puissent avoir lieu les conversations secrètes entre des envoyés du Gouvernement et des représentants d'une organisation armée qui N'EST PAS ETA. De ces négociations qui n'existent jamais, et qui si elles existent sont niées. Arturo Ruiz est mort un jour de lutte pour l'amnistie et la liberté et son frère vit pour rogner celle-ci. Et il vit très bien comme nouveau directeur du CP de Sevilla II.

Jesús Eladio del Rey Reguillo, alias el Tirillas, nommé nouveau directeur du CP de Valdemoro. Et la première chose qui me vient à l'esprit est la mutinerie du module I de Herrera de la Mancha en 1988 lors de laquelle plus de la moitié de la quarantaine de prisonniers politiques basques étions passés par l'infirmerie et cinq compagnons s'étaient retrouvés à l'hôpital avec des os brisés. Une image grotesque de Tirillas avec un couteau de poche à la main à la tête d'un groupe nourri de matons et de gardes civils, parcourant les couloirs du module de cellule en cellule et indiquant qui devait recevoir simple ou double ration de coups.

Manuel Martínez Cano, alias el Morritos, nommé nouveau directeur du CP de Jaén. Provocateur et détonateur de la mutinerie déjà citée et dont le seul souvenir agréable qu'il ait pu laisser à un prisonnier est son image, apeuré et couvert de la poudre blanche venant de l'extincteur tenu par un compagnon lors de cette même mutinerie.

Antonio Diego Martín, nommé directeur du CP de Puerto II et mis en examen pour tortures et sévérité injustifiée à la prison de Sevilla II. Jugé en compagnie de l'ex-directeur général de l'Administration Pénitentiaire, Antonio Asunción, il n'a jamais été écarté de son travail répressif, exerçant jusqu'à aujourd'hui à la prison de Melilla. Les prisonniers attachés aux lits pendant des semaines. Les séances de torture, nus et aspergés d'eau, les plaintes et les hurlements, n'ont jamais mérité un seul jour de suspension de sa charge. Au contraire, ils ont mérité une promotion à l'arrivée de Madame Gallizo.

Pourquoi continuer la liste. Je suis convaincu. La nouvelle politique pénitentiaire du nouveau Gouvernement de Monsieur Rodríguez Zapatero consiste à récupérer ou à promouvoir les personnages de triste souvenir pour les prisonniers en général et pour le Collectif de Prisonniers Politiques Basques en particulier. Ou a maintenir dans leur charge ceux qui remplissent ces conditions.

Les espoirs ont été comblés. Ou peut-être que je me trompe et que les tortionnaires sont capables de lutter contre la torture. Ce n'est pas l'expérience qui leur manque. Et alors, je serais même capable d'imaginer Madame Gallizo autrement qu'elle n'est.

Iñaki de Juana Chaos

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